22.01.2007

Jean-Paul Dubois – Vous plaisantez, monsieur Tanner

Editions de l’Olivier – 199 pages

Extrait :

« On ne possède jamais une maison. On l’occupe. Au mieux, on l’habite. En de très rares occasions, on parvient à se faire adopter par elle. Cela demande beaucoup de temps, d’attention et de patience. Une forme d’amour muet. Il faut apprendre, comprendre comment marchent les choses, connaître les forces de l’édifice, ses points faibles, réparer ce qui doit l’être sans trop bouleverser l’écosystème que le temps a mis en place. Et jour après jour, année après année, la confiance, lentement, s’établit, une sorte de couple indicible et invisible se forme. Alors, confusément, vous savez, vous sentez que cette maison, que jamais vous ne posséderez, vous protège loyalement pour le temps de votre courte vie ».

Mon opinion :

Ce livre peut poser la question du pourquoi du nom de ce blog ? C’est vrai, pourquoi Café Castor ? Cela aurait été trop prétentieux d‘évoquer la correspondance entre Sartres et Simone de Beauvoir dite le « castor » par un ami commun, René Maheu.
Il la surnommait le « castor », par référence à l'anglais beaver (qui signifie « castor »: d'une part, cet animal symbolise le travail et l’énergie ; de l'autre la sonorité du mot beaver est proche de celle du nom « Beauvoir »).
Ce surnom sera adopté par Sartre et elle deviendra sa compagne jusqu'à la fin de sa vie. Entre 1926 et 1963, ils correspondront et cette relation épistolaire sera nommée « lettres au Castor et à quelques autres ». Mais, non, ce n’est pas de ce côté qu’il faut chercher la raison du nom de ce blog.

Une piste concernant un Café Pollux, grand ami du Café Castor ? Il existe bien un à Amsterdam dont le nom est emprunté à un vieux navire métallique qui mouillait sur les berges de la ville. Mais non.

Le Castor est aussi l’animal qui est pris d’une fièvre de construction viscérale lorsqu’il décide de bâtir sa hutte Il construit des barrages également. Et par extension, il devient le symbole des bâtisseurs, des gars du bâtiment. Voilà une autre explication qui pourrait être avancée pour « Café Castor » : la rénovation d’une maison cinquantenaire qui me prend énergie, argent et la tête a(louette)ccessoirement.

Jean-Paul Dubois est lui aussi confronté aux affres de la rénovation. Et le récit épique de ses galères me conforte dans les miennes. Derrière l’humour, on sent un homme abasourdi par les pratiques des artisans et dépassé par l’ampleur de son chantier de rénovation.

Chaque chapitre est l’occasion de brosser le portrait des mœurs bizarres de cette catégorie d’hommes (et uniquement d’hommes, des vrais, purs, durs, tatoués, qui sentent la bière et fument des brunes en sentant sous les bras dès le début de la journée).Le plombier bizarres, l’électricien approximatif, le peintre, les couvreurs voleurs … Il paraît que maintenant, il est sur une liste noire des artisans. C’est malin !

Présentation de l'éditeur
" Eh bien moi, vous me verrez tous les jours de la semaine. - Vous plaisantez, monsieur Tanner. En tout cas, il faut qu'on se mette d'accord : qui est-ce qui va commander ? "
Paul Tanner, documentariste animalier, menait une existence paisible avant d'hériter de la maison familiale. Décidé à la restaurer de fond en comble, il entreprend des travaux. Tandis qu'il s'échine sur les sols, les corps de métier défilent. Maçons déments, couvreurs délinquants, électriciens fous... tous semblent s'être donné le mot pour lui rendre la vie impossible. Récit véridique d'un chantier, chronique d'un douloureux combat, galerie de portraits terriblement humains, Vous plaisantez, monsieur Tanner se lit comme une comédie. Une comédie menée par un narrateur qui ressemble fort à son auteur

19.12.2006

Lorsque j’étais une œuvre d’art – Eric Emmanuel Schmitt

L’auteur pose un regard amusé et critique sur l’univers de l’art contemporain. Le scénario est diablement original. Un jeune homme insipide et terne tente de se suicider. Il en est empêché par un artiste cynique qui lui propose de devenir une œuvre d’art vivante. Derrière l’intrigue, on devine la distance voire le mépris de Shmitt pour les délires factices du contemporain, le marketing de l’art, qu’il oppose au travail laborieux des « vrais » artistes capables de peindre comme ce peintre devenu aveugle et ne se fiant qu’à ses souvenirs et ses ressentis. Pourquoi vouloir opposer les deux ?

On peut citer l’œuvre de Wang Du, la famille (1997), par exemple qui représente l’homme occidental dans sa taille réel, avec ces canons de beauté spécifiques, ses vieilles stars refaites.
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Ces représentations par un chinois ne sont-elle pas porteuses de message sur l’apparence et le rôle du corps ?
L’univers de l’art contemporain doit-il être limité à ses excès ? Ses artistes marqueront-ils durablement l’époque ? Quel est l’héritage des plus connus (Dali, Warhol, Klein, …) ? N’est-il pas plus courageux d’être en phase avec son époque ?
Une fois encore le propos est profondément humain, une histoire d’amour vient encore donner plus de chaleur à ce drame sur la marchandisation de l’homme. Jusqu’où peut-on aller dans la provocation et le cynisme ?
La fin du livre est bâclée en happy end moral et politiquement correct. C’est curieux ce paradoxe entre la totale liberté de ton qu’utilise Schmitt dans L’évangile selon Pilate, sa relecture de l’histoire fondatrice au Christianisme qui est un sujet sage et l’esprit étriqué avec lequel il aborde l’art.

P.S : la photo de corps nus va-t-elle faire décoller l’audience de ce blog ?

Extrait :
- Mon jeune ami, chacun de nous a trois existences. Une existence de chose : nous sommes un corps. Une existence d’esprit : nous sommes une conscience. Et une existence de discours : nous sommes ce dont les autres parlent. La première existence, celle du corps, ne nous doit rien, nous ne choisissons ni d’être petit ou bossu, ni de grandir, ni de vieillir, pas plus de naître ou de mourir. La deuxième existence, celle de notre conscience se montre très décevante à son tour : nous ne pouvons prendre conscience que de ce qui est, de ce que nous sommes, autant dire que la conscience n’est qu’un pinceau docile qui colle à la réalité. Seule la troisième existence nous permet d’intervenir dans notre destin, elle nous offre un théâtre, une scène, un public ; nous provoquons, démentons, créons, manipulons la perception des autres ; pour peu que soyons doués, ce qu’ils disent dépend de nous.

07.12.2006

L’évangile selon Pilate – Eric Emmanuel Schmitt

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Mon opinion : j’ai mes périodes. Pour la musique, des moments où je n’écoute que du jazz, de la world ou du rock 60’s. Cela correspond à l’esthétique du moment, l’humeur, la météo. Pour les livres, j’ai ma période E.E Schmitt actuellement. J’avais débuté par le très réussi « Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran », plein de poésie, de réflexion sur l’argent, la religion, la différence. J’avais été touché par cette histoire et un peu déçu par les critiques qui réduisait cela à de la philosophie de comptoir.
J’enchainais avec « Oscar et la Dame Rose », court, poignant et efficace. J’ai ensuite découvert l’évangile selon Pilate. C’est un pari ambitieux auquel s’est attelé l’auteur ! Retranscrire l’histoire de Jésus, de manière totalement décomplexée et libre. C’est sa vision de l‘histoire qu’il a tenté de démystifier à travers une lecture attentive des évangiles.
Le récit débute par la Confession d’un condamné à mort le soir de son arrestation qui est une autobiographie de Jésus. Avait-il conscience de sa messianité dès le début ? Si tel était le cas, pourquoi avoir attendu la trentaine pour prêcher la bonne parole ? Pour brouiller un peu plus les pistes, les personnages ont des noms arméniens. « Pas seulement par soucis d’authenticité. Plutôt pour éviter les clichés, les images toute faites, les idéologies implicites. Et surtout pour rendre possible le travail romanesque » précise l’auteur.

La deuxième partie du livre est une enquête policière menée par Pilate en guise d’inspecteur. Le crime est le vol présumé du cadavre de Jésus. Si Pilate apparaît au départ comme un exemple de rationalisme, un rustre antipathique, au fil de son enquête sous forme d’une relation épistolaire avec son frère, on sent les doutes l’envahir. « Toutes les hypothèses rationnelles ayant été épuisées, Pilate se trouve donc face à un mystère. Qu’est-ce qu’un mystère ? Tout autre chose qu’un problème ou une question.
Une question est une demande d’information qui reçoit une réponse. (…)
Un problème est une question qui peut recevoir plusieurs réponses. Exemple : la vie a-t-elle un sens ? Il y a de multiples réponses à ce problème, aucune n’est une solution, aucune ne clôt le problème (…).
Un mystère est un problème qui fait exploser le cadre rationnel, qui mine la façon même de poser les questions, épuise la rationalité.
Les deux piliers du Christianisme sont deux mystères : l’Incarnation et la Résurrection
».

Dans la troisième partie du livre « journal d’un roman volé », Schmitt explique comment 7 ans de travail à la rédaction de son livre ont été réduits à néant avec le vol de l’ordinateur qui contenait tout son travail, comment il a rédigé à nouveau chaque partie de l’évangile selon Pilate avant de retrouver finalement des disquettes de sauvegarde dans le tiroir de son secrétaire. Il les a finalement brûlés.

La relecture de cette histoire par Schmitt fait se poser beaucoup de questions. « Douter et croire sont la même chose, Pilate. Seule l’indifférence est athée ». Après avoir refermé la dernière page du livre, je ne savais pas trop quoi en penser. La totale liberté de ton de l’auteur pour décrire la vie de Jésus est séduisante. Le parti pris est d’humaniser plus que déifier « dans mon livre, je le voudrais d’abord homme puis peut être Dieu »), de dépoussiérer le mythe pour tenter une approche neutre (« après vingt siècles de bruits, d’écriture, de palimpsestes et de murmures, on n’entend plus rien, on ne voit plus rien ! ») , une approche non guidée par la foi mais le souhait de retrouver les éléments « historiques » via les témoignages de ses contemporains.

Et puis, il y a quelques pages, rares, où E.E Schmitt s’interroge sur le mystère de l’écriture. « Au fond de moi il y a autre chose que moi. M’y attendent des sentiments, des pensées, des états qui n’appartiennent pas à l’ordinaire de ma personnalité. D’où nait cette surprise que l’on appelle l’inspiration ? Des expériences accumulées, d’un cœur plus large que l’esprit, d’un inconscient plus riche que la conscience ? Des autres, vivants ou morts, qui s’emparent de mon imagination pour s’exprimer ? Est-ce une mémoire génétique, celle de l’humanité, devenue enfin accessible ? (…) Je crois que toutes les hypothèses sont probables ». Selon la définition évoquée plus haut, il semble que cela restera un mystère.

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13.11.2006

Jean-François Coatmeur – Les Sirènes de minuit

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Mon opinion :
Autant l’avouer dès le départ. Je suis d’une absolue mauvaise foi dès qu’il s’agit de la ville de Brest. C’est la plus belle ville du monde, il y fait toujours très beau (la notion de « faire beau » étant laissée à l’appréciation de chacun, me concernant, j’aime le crachin et la tiédeur humide du temps brestois). Bref, ma subjectivité est assumée et totale pour les lignes à suivre.

Alors, décrire un polar écrit par l’écrivain brestois spécialiste du genre ? C’est une vraie réussite saluée par le grand prix de la littérature policière. D’abord, ce livre est sorti en 1976, 30 ans déjà, et pas une ride. Il se situe dans un pays très à droite, un peu fasciste, dirigé par le général Chopinet. On retrouve les tensions politiques de la fin des années 70, les velléités indépendantistes de groupuscules organisés, des forces armées spéciales chargées des plus basses manœuvres. Il décrit un futur imaginé dans la décennie suivante.
L’histoire ? Un ouvrier portugais est injustement accusé du double meurtre de notables et torturé dans une cave du commissariat (de la rue Colbert). C’est l’occasion d’un chassé-croisé entre ce parfait bouc-émissaire, un ancien policier, Jef Chabert, alcoolique et sentimental, sa femme dont il est séparé, sa riche sœur Fabienne, Directrice d’une usine et son mari, Fontange un peu volage et gigolo.

Sur le site internet de l’auteur, on apprend que les bases de ce récit sont plus ou moins autobiographiques.
« L’auteur a utilisé un souvenir très marquant pour trame de son nouveau roman. L’action se situe en Bretagne, en août 1944 les Allemands évacuent la pointe de Bretagne.
Un infirmier, Jean Palu est arrêté, pris en otage avec d’autres innocents, il restera sept heures contre un mur dans l’angoisse de la mort. Durant ces sept heures, il revoit sa vie, il pense, il pense à sa femme, à leur problèmes de couple, il est angoissé par une lettre qu’il a écrit et qu’il voudrait détruire… »

Les scènes sont très visuelles et propices à une adaptation cinéma, comme la plupart de ses livres (la bavure, des croix sur la mer, la nuit rouge, la fiancée, …). Les personnages du film TV « les sirènes de minuit », sorti en 1989, sont joués par Philippe Léotard, Véronique Genest, Dani et Thierry Ardisson.

Et puis, le bonus, pour les brestois, c’est le plaisir de retrouver des lieux connus, la lecture des descriptions de la ville, de son port de commerce, de ses bars. L’évocation de son commissariat, de son ambiance d’avant les fêtes de Noël. Finalement, rien n’a vraiment changé depuis 30 ans.

Dans la préface, Jacques Baudou écrit «Jean-François Coatmeur n'appartient pas à la petite chapelle des écrivains policiers célébrés par la critique à la mode: il se tient pour cela bien trop loin des engouements survoltés et souvent fallacieux des cénacles parisiens. Cela ne l'empêche nullement d'être aujourd'hui l'une des figures de proue de l'actuelle littérature policière française, l'une de ses véritables vedettes, et sans conteste notre meilleur auteur de suspense. Les lecteurs, eux, ne s’y sont pas trompés qui font de chacun de ses livres un succès.»

Un livre policier qui va au-delà de la trame classique du genre, une galerie de personnages complexes, une intrigue politique et une étude de mœurs, c’est tout cela « Les sirènes de minuit ». Au fait, vous savez ce que sont ces sirènes ? Il s’agit de la sonnerie des cornes de brume de tous les bateaux mouillant en rade de Brest la nuit de la Saint-Sylvestre. Elles résonnent dans les minutes suivant minuit pour saluer la nouvelle année. C’est sur le port de Brest, la plus belle ville du monde, je vous dis. Si !

31.10.2006

de Sa Moreira Régis – Le libraire

Le livre de poche – 190 pages
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Mon opinion : il est bizarre ce texte. Dès le début, j’ai été charmé par le ton naïf, simple et absurde. Chaque arrivée d’un nouveau client est l’occasion d’un épisode burlesque. J’ai cherché le second degré, je ne l’ai pas toujours trouvé.
C’est un libraire comme on peut en rêver, sans tête de gondole et sans préoccupation bassement matérielle, disponible jour et nuit. Et puis, peu à peu, on arrête de chercher, de raisonner. La grâce du récit embarque sur les rives de la poésie. J’aime l’idée que « chacun trouverait après la mort ce à quoi il avait cru », que « croire, c’était créer ». Entre deux clients, il boit une tisane. Et sa tranquille assurance est mise à mal lorsqu’il aperçoit des couples dans sa librairie. Il n’aime pas les couples. Pour eux et tous les opportuns, ceux qui posent des questions dont il n’a pas la réponse, il a une phrase magique pour s’en débarrasser : « il y a beaucoup de choses intéressantes à apprendre sur les icebergs ». Il est bizarre ce texte.

Extrait : « quels étaient les trois livres à emporter sur une île déserte ?
Quels étaient, du moins, les trois livres qu’il emporterait, lui, sur une île déserte ? Le libraire angoissa.
Il tourna en rond dans son escalier en colimaçon jusqu’à se retrouver en bas et commença à passer ses livres en revue.
« Trois livres », se dit le libraire. (…) Pas deux, pas quatre, pas zéro, pas mille. Le libraire continua de penser aux trois livres, aux trois « putains de livres ».
Et il y pensa si intensément qu’il se crut lui-même sur le point de partir sur une île déserte. Mais le choix n’en devint que plus terrifiant. Comme s’il avait sa propre vie entre ses mains. Le libraire cria ».

Bon, et vous, vos trois livres à emporter sur une île déserte ? … pas facile…

25.10.2006

Elsa Marpeau - Des crocodiles dans les égouts et autres légendes urbaines

Librio – Imaginaire – 74 pages


Extraits :
De jeunes parents voulant se rendre à une soirée, louent les services d’une baby-sitter. Celle-ci a la charge de s’occuper des deux enfants du couple. Tard dan la nuit, alors que les petits sont couchés et qu’elle regarde un film, le téléphone sonne. Une voix masculine se fait entendre :
- pourquoi n’es tu pas allée voir les enfants ? prononce l’homme d’une voix caverneuse.
Prenant cet appel pour une plaisanterie, la baby-sitter retourne à son film. Soudain, le téléphone sonne à nouveau.
- pourquoi n’es-tu pas allée voir les enfants ? lui répète l’inconnu.
Inquiète la jeune fille appelle la téléphoniste et lui demande de retracer l’appel. Il a lieu sur la deuxième ligne de la maison !
La baby-sitter prend ses jambes à son cou et se rend au commissariat. Sur les lieux, la police découvre les deux enfants, éventrés et mutilés.

Le 20 juillet 1969, Neil Armstrong devient le premier homme à marcher sur la lune.
Ses premières paroles sont célèbres : « c’est un petit pas pour l’homme mais un grand pas pour l’humanité.»
Toutefois, beaucoup moins célèbres sont les mots qu’il prononça ensuite : « bonne chance, Monsieur Gorsky. »
La NASA pensa d’abord qu’il narguait un rival soviétique. Cependant, malgré les recherches effectuées sur le sujet, personne ne put trouver aucune trace d’un Gorsky parmi les cosmonautes russes. Durant des années, lorsqu’on interrogeait Armstrong sur l’identité de Gorsky, il souriait silencieusement.
Un jour toutefois, il répondit, Gorsky étant mort, il estimait qu’il devenait possible de lever le mystère. Le voici :
Lorsqu’il était enfant, le ballon avec lequel il jouait atterit dans le jardin de ses voisins, M. et Mme Gorsky. Alors qu’il se glissait chez eux en silence, il entendit la femme crier : « une pipe ? Tu veux que je te fasse une pipe ? Je t’en ferai une le jour où on ira sur la Lune … »


Mon opinion :
une légende urbaine désigne un récit faux, avec parfois des base réelles qui se transmet par oral ou par Internet. On a souvent envie d’y croire et elle réapparait régulièrement (fourmis dans la tête, doigts dans les frites, chat au micro-ondes, …) et deviennent les véritables mythes de notre époque.
L’écrit ayant souvent remplacé l’oral, c’est impressionnant le nombre de messages que j’ai pu ainsi recevoir pour donner un rein, faire passer le message pour gagner 0,30 € qui permettra de sauver une petite fille atteinte par le cancer, m’alerter de virus bidons, les messages de chance … On joue sur la peur, le chantage, les bons sentiments. Apprendre à décortiquer ces hoaxs permet d’être moins crédule et tenter de mieux comprendre ces rumeurs modernes.

06.10.2006

BON François – Rolling Stones, une biographie

BON François – Rolling Stones, une biographie
Fayard – 669 pages

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Mon opinion : longtemps que je n’avais pas passer un aussi bon moment de lecture. Très certainement mon meilleur livre depuis des mois. J’ai ADORE ! Le sujet peu semblait futile, la carrière de jeunes branleurs qui misent tout sur le rock mais avec le talent de François Bon, qui a écrit entre autre Daewoo, Impatience ou Parking, on entre avec talent dans l’intimité du groupe.
On est là, à leur côté, on les suit de jour en jour, dans leur appartement d’Edith Grove à Londres, la crasse, les nuits à jouer de la guitare, trouver des engagements, les personnalités de chacun, la dérive de Brian Jones, les frasques de Keith Richards.

Nick Hornby dans son livre « 31 songs » écrit (à propos d’un morceau des Beatles) « alors brusquement, on peut saisir le flamboiement, fulgurant mais excitant, de leur esprit, et c’est ce qui nous sera donné de plus proche, à ceux d’entre nous qui sont nés à la mauvaise époque, pour comprendre ce que ç’a dû être d’entendre ces grands disques à la radio quand on n’y s’y attendait pas ».

C’est exactement ça ce livre, un substitut pouvant me consoler de la déception de ne pas avoir trainé sur Carnaby Street dans les années 60.

On assiste à la naissance de morceaux qui marqueront leur époque et l’histoire du rock : Satisfaction, Brown Sugar, Sympathy for the devil, … On croise Brigitte Bardot, Andy Warhol, Chagall, Balthus, la princesse Margareth d’Angleterre et son frère Charles. L’auteur explique les tournées, l’évolution des techniques d’enregistrement, l’accueil de la presse, la drogue, les amours (Pallenberg, Faithfull, …), les trahisons, les morts (Gram Parsons, Brian Jones, Meredith Hunter), l’insolence et la provocation.

C’est le livre ultime sur le sujet. On devine l’auteur longtemps obsédé par son sujet, aller jusqu’au bout, pour vaincre son démon, sa passion. Il a même créé un blog spécifique sur ce livre et ses recherches.


Extraits :
Il n’y a jamais eu d’hésitation quant au choix de ce que serait le vecteur de ce travail.

(…) Une telle masse de musique, d’argent et de bruit, et l’impression de les trouver là, eux au milieu, entourés de vide et de silence. Comme presque muets, tout au long d’écriture, pour d’interminables conversations, ou le seul échange d’une guitare, une leçon. Et ce bruit est notre, guitares qu’on porte dans la tête et le lancinant du tambour, martèlement d’une grosse caisse sous les cymbales entretenues, et comme nous dansions.

Tout ce tumulte dans le monde et si peu du plus profond tumulte du monde : on s’imaginait qu’on croiserait l’histoire, la politique, les grands flux ou reflux et puis non, quand bien même on a les avions, quelques évènements, et que le bruit des guitares maintenant est partout. On a toujours eu le goût des livres épais, des livres qui ressuscitent un monde.(…) et la légende qui vous tirait dans votre initiation d’adolescence ne venait plus des livres mais d’images découpées dans Rock’n Folk, avec des projecteurs sur des scènes de concert, des séances secrètes de studio, des histoires de filles incroyables et le fond mauvais des poisons : alors simplement, on s’est dit qu’on ferait ce livre, qu’on ne le ferait pas sans estime.

ARDISSON Thierry avec Philippe KIEFFER – Confessions d’un babyboomer

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Thierry ARDISSON avec Philippe KIEFFER – Confessions d’un babyboomer
J’ai lu – 348 pages

Mon opinion :
l’homme en noir (pas Johnny Csh, l'autre) est incontestablement un personnage qui a marqué son époque, celle des années 80. Les années fric, publicité, nightclubbing. Ses mémoires débutent lorsque jeune, il doit sans cesse déménager pour suivre son père employé sur des chantiers.
On suit les évènements en Algérie, les premières écritures, les premières amours. Et puis, il officie comme « disquaire » (DJ) dans une boîte à la mode, le whisky-à-gogo. C’est là que débute sa carrière de dandy touche à tout. Il décrit toutes les étapes de sa carrière, écrivain, animateur, producteur, patron de presse, publicitaire et à chaque fois, j’oscille entre la considération du génie pur (les concepts et la capacité à appliquer les recettes simples de la publicité) et vaste fumisterie (le pompage d’extraits d’un livre des années 30 pour son ouvrage Pondichery, télé zèbre, …). Même la construction de l’ouvrage est originale, conceptuelle et un peu foutage de gueule (les extraits de ses livres anciens resservis toutes les 3 pages pour faire du volume, les extraits d’interviews, …).
C’est passionnant de comprendre comment Ardisson surfe sur les opportunités et arrive à inventer de nouveaux concepts rapidement, de comprendre comment fonctionne les chaînes de TV et comment on peut évoluer dans cet univers.

Extraits : « On voulait changer le monde, c’est le monde qui nous a changés. Mais on s’est bien amusés. On a vécu notre vie comme un roman. On a vécu avec talent. Je ne vais pas te la jouer nostalgique, je macère pas dans le trip genre : « c’était mieux avant »., mais je pense souvent à mes premiers voyages, à cette espèce de soif d’absolu, cet appétit de vivre comme de se détruire … Et, forcément, j’ai le regret d’une forme de jeunesse innocente et dévastatrice. On serait des bâtisseurs de rêves. On allait plier la planète à no désirs. On ne ferait pas les mêmes conneries que nos vieux.

Evidemment, trente ans plus tard, il y a comme un malaise.

(…) On voulait jouir. On se croyait géniaux, on était juste égoïstes ».

05.10.2006

Douglas Kennedy – Au pays de Dieu

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Pocket – 341 pages – Récit

Mon opinion : Publié en 1989, ce récit décrit l’importance de la religion dans les Etats du sud des Etats-Unis. Il décortique à travers ses rencontres comment les fondamentalistes chrétiens interviennent dans leurs communauté, la vie publique. On assiste à des cérémonies enflammées, des prêches extrêmes. On croise des bonimenteurs, des colporteurs de bonne parole, motards, anciens taulards, stars de télévision, évangéliste heavy metal et certains membres de communautés extrémistes.

L’écriture de Kennedy est efficace et le récit de sa traversée de la « Bible Belt », la région appelée la « ceinture de la Bible », se lit comme un de ses romans.

Question : un tel livre pourrait-il exister avec une enquête sur les milieux musulmans ? Je pense à ce philosophe, menacé de mort pour ses écrits sur l'islam, qui se cache sous haute protection policière. Robert Redeker craint pour sa vie pour avoir osé s’interroger : «Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre ? ».

12.05.2006

Van Cauwelaert Didier – Un aller simple

Le Livre de Poche – 120pages (1994)

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Extraits :
Non, le seul endroit où je me pose un problème, c’est le terrain de foot. Là, pour le coup, je me sens tiraillé. Jouer dans les Roms de Vallon- Fleuri contre les Beurs du Rocher-Mirabeau, j’ai l’impression que je trahis. Et non seulement, je trahis, mais en même temps j’usurpe : je sais très bien que les Tsiganes ne me considèrent pas comme un des leurs. Un gadjo avant-centre, même quand il marque un but contre sa race, c’est un bon avant-centre mais ça reste un gadjo. C’est ainsi que, finalement, je suis devenu arbitre.

- Ils savent plus quoi faire entre le chômage et les sondages, alors ils renvoient un Arabe chez lui et, comme par hasard ils en prennent un qui plus l’air d’un Corse que d’un arabe, comme ça c’est moins raciste ! Alors si en plus toi, tu es content …
Sans faire de la fierté arabe, je ne trouvais pas du tout que je ressemblais à un Corse, mais je n’ai pas protesté parce que Pignol avait du sang corse par sa mère, et dans sa bouche, c’était un compliment.

Quelque chose passait vraiment entre nous, je ne sais pas ; quelque chose que je n’avais jamais connu, comme une rencontre entre ses années d’études inutiles pour finir guide, et mes années perdues à casser des bagnoles en regrettant si fort d’avoir quitté l’école. On se complétait dans le genre paumé, autour de cet attaché catastrophe qu’on avait envie de renvoyer dns son pays, avec un mot pour sa femme. Mais je n’ai jamais su être égoïste longtemps – peut-être parce que je n’ai rien à défendre.

Mon opinion :

Difficile de résumer ce roman. L’histoire est racontée par Aziz, un jeune homme de 19 ans né en France de parents inconnus. On fait sa connaissance alors qu’il vole des autoradios et s’apprête à se fiancer avec une belle Tsigane dans un café au-dessus de la rocade. Mais il est subitement embarqué et accusé d’avoir volé la bague de fiançailles qu’il s’apprêtait à offrir.
Il est alors pris dans un tourbillon médiatique suite à une nouvelle directive du gouvernement qui souhaite montrer que l’on peut réussir un retour au pays d’origine si l’on s’en donne les moyens. Aziz est accompagné par un « attaché humanitaire » en charge de le réinsérer au Maroc.

Commence alors un voyage dans le sud marocain où les deux hommes devenus amis tentent de retrouver leurs racines, donner un sens à leur vie et chercher une issue à leur mal de vivre.
Une histoire touchante qui remporta en 1994 le prix Goncourt.

C’est aussi, en cette période préélectorale de réflexions sur le phénomène de l’immigration, une réflexion salutaire sur les destins individuels concernés par les grandes mesures médiatiques et gouvernementales.

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