14.10.2007
L'aventure continue

Nous informons notre aimable clientèle qu'en raison d'un contenu devenu trop volumineux, l'adresse du Café Castor a changé.
A tout de suite, pour de nouvelles aventures sur le nouveau Café Castor !
22:23 Publié dans Journal de la vie qui passe | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
01.02.2007
Stooges
Le 1er morceau du nouvel album des Stooges est écoutable sur leur page myspace.
En fait, il était déjà présent en live ur le live à Tokyo.
21:46 Publié dans Journal de la vie qui passe | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
12.01.2007
Scouts, émois et moi
En ce début d'année, quelques travaux de mise à jour du café Castor.
La capacité de stockage des données du blog étant en passe d'être atteinte (manipulation commerciale?), j'ai supprimé la majorité des nouvelles présentes sur le blog, les albums photos.
En contre-partie, je vous invite à surfer sur le photoblog du Café Castor avec une série toute récente sur le port de commerce de Brest, lieu de tous les mystères.
Les nouvelles seront bientôt disponibles dans un format livre à commander. Je vous tiendrais au courant.
Et pour la suite, je rédige quelques souvenirs de jeunesse.
Extrait concernant mes tentatives de participations à des activités extra (scolaires et professionnelles):
Mes parents m’avaient inscrit aux scouts ! Chaque samedi après-midi, nous sommes censés apprendre un tas de choses pratiques sur la nature (se repérer à l’aide d’une boussole ou du soleil, identifier un animal à ses empreintes dans le sol), le bricolage.
Régulièrement, nous partons en camps en forêt. Il faut la veille du départ préparer son paquetage (sac à dos, lampe, vêtements chauds…) et le matin enfiler l’uniforme des louveteaux. Un foulard noir et jaune qu’il faut nouer autour du cou d’une certaine façon qui m’a toujours échappé, une chemise aux grosses poches à soufflet, un short kaki. Pourquoi vouloir ainsi gommer nos individualités, gommer nos différences au nom d’une vague doctrine détournée par les années ? Ainsi costumé, j’ai honte de m’exhiber dehors et n’accroche pas avec la discipline du groupe. Nous sommes encadrés par des plus grands qui s’essaient au rôle de grand frère et tentent de nous faire revivre ce qu’ils ont vécu quelques années plus tôt : les soirées feu de camps, les grandes tartines « Vache qui rit », les chants à gorge déployées en marchant en file indienne, les histoires qui font peur sous la tente. Mon peu d’enthousiasme à tous ces rituels et un manque total d’intérêt pour les cours de bricolage (« aujourd’hui, les gars, on va apprendre à faire du béton. Qui peut me dire ce qu’il ya dans le béton ? ») m’éviteront une nouvelle année à crapahuter dans les bois.
Il me fut beaucoup plus difficile de m’affranchir des séances de piscine. Suite à une opération de la hanche, les médecins m’avaient conseillé une rééducation basée sur une pratique régulière de la natation. Ainsi, deux fois par semaine, il me fallait barboter dans les piscines Foch ou celle de Recouvrance. Je pignais sur le parking pour ne pas y aller mais mes jérémiades n’y faisaient rien. Ma mère inflexible me tirait par le bras jusqu’au tourniquet de l’entrée et guettait derrière la paroi vitrée pour vérifier que j’étais pris en main par le maître nageur. Je nageais pendant des heures, récupérais un mannequin noyé au fond de l’eau, m’initiais à la nage papillon. Je n’y prenais aucun plaisir à part peut-être celui de la douche chaude qui marquait la fin de mes séances aquatiques. En revanche, j’attrapais généreusement tous les virus en suspens dans l’atmosphère tiède et en bonus un beau spécimen de verrue plantaire.
L’inscription au club de ping-pong du Relecq Kerhuon me permettait d’affronter mes camarades de collèges, une raquette à la main, le samedi après-midi dans la salle polyvalente.
Je m’initiais également au solfège et à la flûte à bec. En fin d’année, dans le salon d’un curé défroqué dont la femme nous accompagnait au clavecin, nous soufflions en chœur des standards de Noël devant la mine réjouie de nos parents. Je faisais peu d’efforts pour apprendre les bases du solfège et lors de ces concerts, je m’aidais d’avantage de mon intuition et de mon oreille que des feuilles posées sur le chevalet qu’une mère bienveillante tournait devant nous.
Lors de ces leçons, notre professeur nous permettait de crier. J’aimais cet exercice exutoire : nous commencions dans un souffle puis progressivement nous montions le ton pour finir par des cris libératoires. Nous redescendions ensuite pour retrouver le chuchotement du début d’exercice. Combien de fois nous autorisons-nous à crier ? Faîtes l’essai, ça défoule !
Etait-ce cet apprentissage musical qui me poussa plus de vingt ans plus tard à répondre à l’annonce d’un groupe de rock qui recherchait un chanteur ?
Nous avons convenu de nous rencontrer un vendredi soir pour une audition dans un studio de répétition de la banlieue de Rouen. Chaque box est occupé par une tribu dont l’accoutrement permet d’identifier le style de musique. Nous sommes souvent proches de la caricature : les gothiques, les rockers, les punks. Je demande à la réception le box occupé par le groupe Taxi V. Elle m’indiqua une porte au fond du couloir. Intimidé, je la pousse et découvre dans un enchevêtrement de fils électriques et d’amplis les membres du groupe. Le batteur se fend d’un grand sourire pour m’accueillir. Les autres se contentent d’un salut renfrogné. Le bassiste est grand et chétif. Deux bras tatoués sortent d’une veste en jean dont les manches ont été grossièrement découpées. Ses cheveux longs cachent une quincaillerie de piercings et d’anneaux. Un pur look de rocker. Il ne faut pas décevoir.
Ils me présentent fièrement un répertoire essentiellement composé de reprises et quelques compositions dont un reggae chaloupant. Je choisis une reprise de Dutronc « et moi, et moi, et moi ». Je me racle la gorge. Le souffle des amplis semble indiquer qu’ils attendent leur heure. Le guitariste se munit de son médiator, actionne sa pédale d’effet. On entend « un deux, un deux trois ». Un riff gras et implacable retentit rejoint par une ligne de basse impeccable. Puis la batterie se lance à son tour. Je sens les regards pointés sur moi. Il ne faut pas décevoir. Je me lance comme on saute dans le vide :
Sept cent millions de chinois
Et moi, et moi, et moi
Avec ma vie, mon petit chez-moi
Mon mal de tête, mon point au foie
J'y pense et puis j'oublie
C'est la vie, c'est la vie
Gros riff, solo de guitare. C’est quand mon tour ? Je guette la fin de la prestation en solitaire du gratteur concentré sur son manche. J’y vais, deuxième couplet. Je suis dans le rythme, lancé. Ca accroche, c’est bon. Le morceau prend fin. Au vacarme électrique succède le silence.
- OK, on essaie un autre titre ?
A la fin de cette audition, le groupe se concerte brièvement et décide de me contacter dans la semaine pour convenir de la suite de notre collaboration. Les jours suivants, j’attends impatiemment un appel du batteur qui semble être le leader. En milieu de semaine, le téléphone sonne.
- OK, on continue ?
Nos répétitions se succédèrent les vendredis soirs pendant deux ans. Les morceaux se rodaient de mieux en mieux. Je proposais quelques nouveaux titres : une reprise des Stooges, un vieux Bowie. Le batteur est également membre d’un orchestre de bal. Le guitariste rythmique et le bassiste sont appliqués et volontaires mais sans réel talent. Le guitariste solo est un passionné, il bosse toute la semaine ses envolées et le moment venu, il avance d’un pas vers nous et nous délivre ses fulgurances interstellaires. Parfois, je lui plante ses solos en reprenant trop tôt un couplet. En fin de répétition, nous finissons en sueur. Les murs sont recouverts de boîtes d’emballage d’œufs dont les alvéoles emprisonnent le volume du son. C’est aussi un excellent isolant thermique. Le problème est que la température monte souvent aussi haut que le volume des instruments. Je finissais ces séances trempé, éraillé, épuisé et heureux.
Il a fallu ensuite déménager, quitter le groupe et jamais plus, à ce jour, je n’ai repris de ces activités que l’on dit extra (scolaires ou professionnelles).
12:28 Publié dans Journal de la vie qui passe | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
30.12.2006
Meilleurs voeux
Puisque c'est la fin du monde, que l'énergie va manquer, que la terre se réchauffe, que 2 prix nobels français ont vainement essayé hier de nous alarmer, que des apprentis sorciers comme l'Iran et la Corée du Nord font joujou avec l'arme nucléaire, tout ne peux que s'améliorer et profitons de chaque seconde de cette nouvelle année comme si c'était la dernière ! Bonne année 2007 et rêvons à un monde meilleur: il le sera.
23:25 Publié dans Journal de la vie qui passe | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
03.12.2006
Scoop - avis critique
La réponse de Yannick Rolandeau, auteur du livre "le cinéma de Woody Allen" concernant le film Scoop de Woody Allen
![]()
Bonjour,
Merci pour votre lettre ouverte. Il est vrai que le dernier Woody Allen ne brille pas par sa qualité. On a l'impression qu'il refait ce qu'il a déjà fait mais cela ne me pose pas problème. Ce sont au contraire les idées assez pauvres qu'il développe qui me dérange. A l'inverse de certaines critiques, je pense que Celebrity, et Anything else sont de grands films. Ici, la critique est étrangement complaisante alors que Woody Allen fait un mauvais film.
L'idée de départ est certes amusante mais pourquoi l'actrice doit-elle être une apprentie journaliste et que cela tombe précisément sur elle ? C'est assez convenu. Et effectivement, tout le film a des problèmes
similaires. On peut même les détailler.
Il m'est arrivé de revenir sur des déceptions comme Escrocs mais pas trop, Accords et désaccords dont je croyais au départ qu'ils n'étaient pas très intéressants. En les revoyant, ils étaient nettement mieux que cela même s'ils possèdent certains défauts. Avec lui, il faut se méfier. Beaucoup de gens pensent que Comédie érotique d'une nuit d'été est "léger". On aurait aimé ici que Woody Allen fasse au moins un film "léger" mieux foutu dans le genre de Maudite Aphrodite. Là, il fait un film aussi pauvre que Le Scorpion du sortilège de Jade par exemple.
Merci de votre petit lien à propos de mon livre dont j'espère que vous l'avez aimé en tout cas. Vous pouvez m'en toucher deux mots car c'est vrai, qu'on est friand des avis, même mauvais s'ils sont pertinents et argumentés. J'ai essayé de démontrer, scènes et dialogues à l'appui que Woody Allen était un très grand cinéaste et pas tellement celui que les gens croient d'habitude...
Amicalement
Yannick
21:41 Publié dans Journal de la vie qui passe | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
02.12.2006
Scoop - Woody Allen
Lettre à Yannick Rolandeau – auteur de l’excellent livre « le cinéma de Woody Allen »concernant Scoop de Woody Allen.
![]()
Cela fait plusieurs semaines que je tourne la chose dans ma tête. Il faut bien l’avouer, malgré ma mauvaise foi partisane qui me fait voir et revoir sa filmographie avec toujours autant de plaisir et apprécier avec le même empressement et d’indulgence ses chefs d’œuvre et ses films plus mineurs, le dernier opus de Woody Allen m’a déçu. J’avais été ébloui par son opus précédent qui avait été salué unanimement par la critique. Scoop m’apparaît comme un remake fade de Meurtres mystérieux à Manhattan. Une jeune femme soupçonne un notable, apparemment bien sous tout rapport, d’être un meurtrier en série. Woody Allen joue le rôle d’un tiers incrédule, lancé bien malgré lui, dans l’aventure visant à confondre le criminel. Il incarne le personnage de Splendini, un magicien vieillissant et ringard.
Son meilleur rôle de provincial mal dégrossi se frottant à la haute société, il l’a joué dans « fortune cookies » (escrocs mais pas trop). La filiation adoptive sur le tard, il l’a joué dans « anything else ». Le dialogue avec un personnage représentant la mort a été évoqué dans « maudite aphrodite ». Chaque thème de « Scoop » semble voir déjà été abordé par le cinéaste dans ses films précédents. Il n’y ajoute pas grand-chose.
Il pourrait rester l’actrice, Scarlett Johanson, magnifiée dans « Matchpoint » dans son rôle de femme fatale. Ici, sa nouvelle muse est affublée de petites lunettes rondes d’étudiantes qui correspondent bien à son rôle d’apprentie journaliste pour le journal de son école. Elle est moins mise en valeur, moins glamour, et joue à l’économie un rôle de nunuche, maladroite et déterminée.
Ce film ne fait pas avancer l’œuvre de l’auteur.
Même si ce qui caractérise les grands cinéastes ou écrivains, c’est qu’ils reviennent sans cesse à leurs thèmes fétiches. Mais, l’objectif est de chaque fois d’avancer, se dévoiler, compléter. Ici, rien de tout ça. Allen serait-il vampirisé par son personnage de magicien triste, rangé de la vie, de ses fulgurances, aux certitudes établies là où ses doutes continuels en faisait un personnage facétieux, indécis et plein de doutes ?
Il en demeure un divertissement agréable et une déception à la hauteur des attentes suscitées par l’un des derniers grands cinéastes vivants.
Quel est l’opinion du spécialiste des films de Woody Allen que vous êtes ? Quels sont les thèmes abordés, le message sous-jacent ? L’opportunisme journalistique ? L’arrivisme ? Suis-je passé à côté de quelque chose ?
15:45 Publié dans Journal de la vie qui passe | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
21.11.2006
Conversation de comptoir
En ces temps de pensées saines et sécuritaires, réhabilitons l'ivresse, la belle, la grande, la cuite épique, rare, d'où naissent les grands textes, les plus beaux jurons, le serment magique des copains de boisson, la dérive de nuits enchanteresses où l'imaginaire prend enfin forme.
Laissons sur le côté les tempéraments raisonnables, les amateurs d'eau pétillante et de sodas allégés. Pour eux, l'ivresse est dangereuse. Quant aux autres, levons le coude, louons Dionysos et buvons ensemble le verre de trop.
![]()
Dialogues du film « un singe en hiver » écrit par Antoine Blondin et corrigé par Michel Audiard :
- Un ivrogne?
- Ah ben oui ! Un peu ! Même le père Bardasse qui boit quatorze pastis par jour n'en revenait pas !
- Ah parce que tu mélanges tout ça, toi ! Mon espagnol, comme tu dis, et le père Bardasse. Les Grands Ducs et les bois-sans-soif.
- Les grands ducs?!
- Oui monsieur, les princes de la cuite, les seigneurs, ceux avec qui tu buvais le coup dans le temps et qu'on toujours fait verre à part. Dis-toi bien que tes clients et toi, ils vous laissent à vos putasseries, les seigneurs. Ils sont à cent mille verres de vous. Eux, ils tutoient les anges !
- Excuse-moi mais nous autres, on est encore capable de tenir le litre sans se prendre pour Dieu le Père.
- Mais c'est bien ce que je vous reproche. Vous avez le vin petit et la cuite mesquine. Dans le fond vous méritez pas de boire. Tu t'demandes pourquoi y picole l'espagnol ? C'est pour essayer d'oublier des pignoufs comme vous.
J.Gabin/P.Frankeur
Tout est dit « le vin petit et la cuite mesquine ». Magnifique, non ?
Réservons la consommation d’alcool à la flamboyance et à l’excès ! Et trinquons pour les siècles et les siècles. hic... pardon.
Beaucoup de personnes me trouveront sans doute bien indulgent."vous innocentez l'ivrognerie, vous idéalisez la crapule." J'avoue que devant les bienfaits je n'ai pas le courage de compter les griefs. D'ailleurs, j'ai dit que le vin était assimilable à l'homme, et j'ai accordé que leurs crimes étaient égal à leurs vertus. Puis-je mieux faire?
(...) N'est-il pas raisonnable de penser que des gens qui ne boivent jamais de vin, naïfs ou systématiques, sont des imbéciles ou des hypocrites; (...) un homme qui ne boit que de l'eau a un secret à cacher à ses semblables".
Charles Baudelaire - 1860
Cité dans l'"éloge de l'ivresse - d'Anacréon à Guy Debord" - Anthologie présentée par S. Lapaque et J.Leroy (Librio).
23:12 Publié dans Journal de la vie qui passe | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
07.11.2006
Même fils
"Avant Elvis il n'y avait rien", John Lennon
C’est au petit matin que le train s’arrête dans la gare de Memphis. Nous débarquons sur le quai, chargés de nos encombrants bagages. Le train repart et peu à peu, le chaos fait place au silence et la foule se vide. Puis, il ne reste plus que Brigitte, moi et un employé d’Amtrack, fier de son uniforme aux couleurs de sa compagnie. Le centre ville est loin et nous lui demandons si des bus font la navette. Il nous propose de profiter de sa voiture pour nous rapprocher du centre et nous invite même à lui laisser nos valises pendant la durée de notre séjour. Il nous assure qu’il sera présent pour notre départ. Nous lui faisons confiance et nous sentons plus libre, ainsi débarrassés.
Lors du trajet, je l’interroge sur les centres d’intérêt touristiques de la ville. Mais, bien sûr, ce qui m’intéresse c’est la survivance du mythe de la musique noire américaine, les adresses où l’on peut encore écouter de la bonne musique. Il est peu loquace sur ces sujets. Curieux, je m’enquiers de la survivance du mythe Presley sur la ville. Il sourit et nous propose de nous présenter un ami à lui, spécialiste du sujet.
Il stoppe sa Cadillac cabossée dans une ruelle étroite. Les poubelles pleines refoulent une odeur nauséabonde. Notre conducteur frappe à la porte vitrée d’un bar. Un panneau porté par une chainette ventousée sur la vitre indique « closed » en lettres rouges sur fond blanc. Il est encore tôt et l’établissement semble plus adapté aux horaires nocturnes.
Rien. Les nouveaux coups portés sur la vitre restent sans réponse. Alors que nous nous apprêtons à rejoindre la vieille guimbarde noire, la présence d’un barbu apparaît enfin derrière la porte. Il porte un gilet de cuir noir, un jean élimé et une paire de santiags vintage.
Il salue son copain qui nous présente comme deux petits français égarés dans un grand pays. Quelques minutes plus tard, nous sommes attablés devant le comptoir vide, assis sur de hauts tabourets instables. L’immense salle est déserte et seul un néon publicitaire aux couleurs de la bière Coors nous éclaire.
Les deux compères nous pressent de questions sur la France, notre vision des Etats-Unis, les différences politiques, sociales, culturelles. Notre hôte nous propose un café que nous nous empressons d’accepter. Je recentre la discussion sur la musique et sur ce qui nous a amené ici, le King. Le tenancier nous observe. Il semble hésiter. Il se décide enfin et avec un air mystérieux, nous invite à le suivre. Nous faisons quelques pas, puis il se retourne vers nous. Il plisse les yeux et baisse la voix. Il nous confie sur le ton de la confidence que nous nous sommes adressés à la bonne personne. Le King, il connaît.
Les mains dans les poches, le torse gonflé, il chuchote : « vous savez, ici, depuis des années, Elvis est toujours vivant. Il fait partie de notre quotidien et beaucoup des gars du coin en parlent comme d’un proche. La vérité, c’est que peu l’on véritablement côtoyé avant qu’il ne devienne le monstre sacré que l’on sait. Moi, je vais vous confier un secret. Un truc que peu de monde, à part mes copains, connaissent. Le hasard a voulu que vous traversiez l’océan, que vous arpentiez le pays et que d’entre toutes les haltes possibles que vous auriez pu faire dans cette ville, c’est la porte de mon bar que vous avez franchi. Alors, je vous dois bien ça ».
Puis, de nouveau, ce geste pour nous indiquer la route. Nous le suivons entre les tables du bar. Il fait sombre. Nous stoppons devant une porte fermée à clef.
« Ce que vous verrez ici, peu l’on vu. Je n’en fais pas commerce. C’est simplement pour moi et ce soir, c’est aussi un peu pour vous. Plus tard, vous pourrez raconter cette anecdote à vos proches à votre tour. Vous verrez, je suis certain qu’ils seront surpris. C’est ainsi que survit le souvenir ».
Il glisse la main dans une des poches de son gilet et en retire une petite clef dorée qu’il introduit dans la serrure de la porte. Celle-ci s’ouvre. Il allume les néons et nous découvrons une pièce de petite taille dont les murs sont ornés de multiples cadres. C’était la chambre de son fils avant, quand il était gamin. Maintenant, il s’est engagé dans l’armée. Nous entrons et je m’approche des cadres. Ils contiennent des disques d’or, des articles de presse et de vieilles photos en noir et blanc.
« Lorsque j’étais gamin, je traînais déjà dans ce quartier de la ville. Vous savez, les bêtises habituelles de jeunes garnements. Nous allions à l’école à la L.C Humes High School, j’avais quoi… 13 ans peut-être ? Oui, c’est ça. Regardez celle-là, elle a été prise lors de mon 13ème anniversaire ».
Il pointe de son index un vieux cliché qui le représente sans sa barbe et avec une quarantaine d’année en moins. Une bande de vauriens l’entoure devant le perron d’une maison un peu décrépie. Ils ont le regard malicieux de ceux qui vont faire une bonne blague. De nouveau, il tend le doigt vers un des visages : « celui-là, c’était James. On l’appelait Jimmy, un fieffé menteur. Tiens, lui, c’était Steve, mon témoin de mariage. Il est mort d’un cancer il y a 3 ans. Lui, c’était Elvis, mon meilleur pote à l’époque ».
La L.C Humes High School était une sacrée grande école pour les pauvres paysans que nous étions. Nous n’avions connu qu’une petite école de campagne durant notre primaire, alors nous étions un peu perdus. On ne roulait pas sur l’or à l’époque et nous n’avions même pas de quoi nous payer le ticket du bus pour aller à l’école. Alors, on faisait le chemin à pied, chaque matin et chaque soir. Il y avait Relda Alpuente, Billy Leaptrott, Virginia Eddleman et Elvis Presley. Nous étions devenus proches. Sur le trottoir, nous échangions nos peines, nos coups de cœur. Elvis était un peu timide, effacé. Il était très poli avec tout le monde. Un matin, malgré sa nature réservée, il est arrivé avec une guitare. Avant les cours, il nous a joué des morceaux de musique country, comme ça, sans chanter. Sur un banc, à deux pas d’ici. Il était sacrément bon. Mais, nous devions faire attention car son répertoire était un peu rebelle pour l’époque. Bon, vous n’avez pas connu ça, vous. Vous êtes nés avec le rock. Vos parents se sont battus pour faire connaître et accepter cette musique. Aujourd’hui, cela semble naturel d’entendre une chanson rock en poussant son chariot au supermarché. Mais, pour cela, il a fallu combattre. Vous voulez un autre café ?»
Il passe derrière le comptoir et nous reverse le liquide clair qu’il appelle café. Il allume une cigarette et poursuit : « le soir, nous trainions dans la rue principale. On se marrait bien. Tout le monde se connaissait. Elvis sortait moins que nous. Le samedi soir, il préférait écouter avec ses parents l’émission hebdomadaire du Grand Ole Opry qui était retransmise en direct du Ryman Auditorium de Nashville. Je me souviens de ce soir là. C’était quatre mois après qu’Elvis ait gagné le concours musical de l’école. On devait aller prendre un milk-shake au BBQ drive in tous ensemble. Elvis nous avertit qu’il serait un peu en retard, qu’il partait enregistré un truc pour l’anniversaire de sa mère. Nous l’avons attendu sans nous douter que nous vivions là le plus grand événement de la musique du vingtième siècle. La naissance du premier disque de rock ».
Il sourit. Je n’arrive pas à réaliser que je viens d’entendre. Sur le mur, devant moi, dans un cadre, je reconnais le disque original de cet enregistrement historique.
17:46 Publié dans Journal de la vie qui passe | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
24.10.2006
Scoop
Vivement le nouveau Woody Allen !
20:38 Publié dans Journal de la vie qui passe | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
17.10.2006
les STOOGES enregistrent
En écho à mon texte ci-dessous "je me brule de l'intérieur" , la nouvelle vient de tomber annoncée par CNN à l'instant.
les Stooges sont entrés en studio depuis quelques jours. Leur premier album depuis 1973. Bon, là, l'enjeu est énorme et il ne va pas falloir décevoir. Je croise les doigts.
22:04 Publié dans Journal de la vie qui passe | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note

