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12.01.2007
Scouts, émois et moi
En ce début d'année, quelques travaux de mise à jour du café Castor.
La capacité de stockage des données du blog étant en passe d'être atteinte (manipulation commerciale?), j'ai supprimé la majorité des nouvelles présentes sur le blog, les albums photos.
En contre-partie, je vous invite à surfer sur le photoblog du Café Castor avec une série toute récente sur le port de commerce de Brest, lieu de tous les mystères.
Les nouvelles seront bientôt disponibles dans un format livre à commander. Je vous tiendrais au courant.
Et pour la suite, je rédige quelques souvenirs de jeunesse.
Extrait concernant mes tentatives de participations à des activités extra (scolaires et professionnelles):
Mes parents m’avaient inscrit aux scouts ! Chaque samedi après-midi, nous sommes censés apprendre un tas de choses pratiques sur la nature (se repérer à l’aide d’une boussole ou du soleil, identifier un animal à ses empreintes dans le sol), le bricolage.
Régulièrement, nous partons en camps en forêt. Il faut la veille du départ préparer son paquetage (sac à dos, lampe, vêtements chauds…) et le matin enfiler l’uniforme des louveteaux. Un foulard noir et jaune qu’il faut nouer autour du cou d’une certaine façon qui m’a toujours échappé, une chemise aux grosses poches à soufflet, un short kaki. Pourquoi vouloir ainsi gommer nos individualités, gommer nos différences au nom d’une vague doctrine détournée par les années ? Ainsi costumé, j’ai honte de m’exhiber dehors et n’accroche pas avec la discipline du groupe. Nous sommes encadrés par des plus grands qui s’essaient au rôle de grand frère et tentent de nous faire revivre ce qu’ils ont vécu quelques années plus tôt : les soirées feu de camps, les grandes tartines « Vache qui rit », les chants à gorge déployées en marchant en file indienne, les histoires qui font peur sous la tente. Mon peu d’enthousiasme à tous ces rituels et un manque total d’intérêt pour les cours de bricolage (« aujourd’hui, les gars, on va apprendre à faire du béton. Qui peut me dire ce qu’il ya dans le béton ? ») m’éviteront une nouvelle année à crapahuter dans les bois.
Il me fut beaucoup plus difficile de m’affranchir des séances de piscine. Suite à une opération de la hanche, les médecins m’avaient conseillé une rééducation basée sur une pratique régulière de la natation. Ainsi, deux fois par semaine, il me fallait barboter dans les piscines Foch ou celle de Recouvrance. Je pignais sur le parking pour ne pas y aller mais mes jérémiades n’y faisaient rien. Ma mère inflexible me tirait par le bras jusqu’au tourniquet de l’entrée et guettait derrière la paroi vitrée pour vérifier que j’étais pris en main par le maître nageur. Je nageais pendant des heures, récupérais un mannequin noyé au fond de l’eau, m’initiais à la nage papillon. Je n’y prenais aucun plaisir à part peut-être celui de la douche chaude qui marquait la fin de mes séances aquatiques. En revanche, j’attrapais généreusement tous les virus en suspens dans l’atmosphère tiède et en bonus un beau spécimen de verrue plantaire.
L’inscription au club de ping-pong du Relecq Kerhuon me permettait d’affronter mes camarades de collèges, une raquette à la main, le samedi après-midi dans la salle polyvalente.
Je m’initiais également au solfège et à la flûte à bec. En fin d’année, dans le salon d’un curé défroqué dont la femme nous accompagnait au clavecin, nous soufflions en chœur des standards de Noël devant la mine réjouie de nos parents. Je faisais peu d’efforts pour apprendre les bases du solfège et lors de ces concerts, je m’aidais d’avantage de mon intuition et de mon oreille que des feuilles posées sur le chevalet qu’une mère bienveillante tournait devant nous.
Lors de ces leçons, notre professeur nous permettait de crier. J’aimais cet exercice exutoire : nous commencions dans un souffle puis progressivement nous montions le ton pour finir par des cris libératoires. Nous redescendions ensuite pour retrouver le chuchotement du début d’exercice. Combien de fois nous autorisons-nous à crier ? Faîtes l’essai, ça défoule !
Etait-ce cet apprentissage musical qui me poussa plus de vingt ans plus tard à répondre à l’annonce d’un groupe de rock qui recherchait un chanteur ?
Nous avons convenu de nous rencontrer un vendredi soir pour une audition dans un studio de répétition de la banlieue de Rouen. Chaque box est occupé par une tribu dont l’accoutrement permet d’identifier le style de musique. Nous sommes souvent proches de la caricature : les gothiques, les rockers, les punks. Je demande à la réception le box occupé par le groupe Taxi V. Elle m’indiqua une porte au fond du couloir. Intimidé, je la pousse et découvre dans un enchevêtrement de fils électriques et d’amplis les membres du groupe. Le batteur se fend d’un grand sourire pour m’accueillir. Les autres se contentent d’un salut renfrogné. Le bassiste est grand et chétif. Deux bras tatoués sortent d’une veste en jean dont les manches ont été grossièrement découpées. Ses cheveux longs cachent une quincaillerie de piercings et d’anneaux. Un pur look de rocker. Il ne faut pas décevoir.
Ils me présentent fièrement un répertoire essentiellement composé de reprises et quelques compositions dont un reggae chaloupant. Je choisis une reprise de Dutronc « et moi, et moi, et moi ». Je me racle la gorge. Le souffle des amplis semble indiquer qu’ils attendent leur heure. Le guitariste se munit de son médiator, actionne sa pédale d’effet. On entend « un deux, un deux trois ». Un riff gras et implacable retentit rejoint par une ligne de basse impeccable. Puis la batterie se lance à son tour. Je sens les regards pointés sur moi. Il ne faut pas décevoir. Je me lance comme on saute dans le vide :
Sept cent millions de chinois
Et moi, et moi, et moi
Avec ma vie, mon petit chez-moi
Mon mal de tête, mon point au foie
J'y pense et puis j'oublie
C'est la vie, c'est la vie
Gros riff, solo de guitare. C’est quand mon tour ? Je guette la fin de la prestation en solitaire du gratteur concentré sur son manche. J’y vais, deuxième couplet. Je suis dans le rythme, lancé. Ca accroche, c’est bon. Le morceau prend fin. Au vacarme électrique succède le silence.
- OK, on essaie un autre titre ?
A la fin de cette audition, le groupe se concerte brièvement et décide de me contacter dans la semaine pour convenir de la suite de notre collaboration. Les jours suivants, j’attends impatiemment un appel du batteur qui semble être le leader. En milieu de semaine, le téléphone sonne.
- OK, on continue ?
Nos répétitions se succédèrent les vendredis soirs pendant deux ans. Les morceaux se rodaient de mieux en mieux. Je proposais quelques nouveaux titres : une reprise des Stooges, un vieux Bowie. Le batteur est également membre d’un orchestre de bal. Le guitariste rythmique et le bassiste sont appliqués et volontaires mais sans réel talent. Le guitariste solo est un passionné, il bosse toute la semaine ses envolées et le moment venu, il avance d’un pas vers nous et nous délivre ses fulgurances interstellaires. Parfois, je lui plante ses solos en reprenant trop tôt un couplet. En fin de répétition, nous finissons en sueur. Les murs sont recouverts de boîtes d’emballage d’œufs dont les alvéoles emprisonnent le volume du son. C’est aussi un excellent isolant thermique. Le problème est que la température monte souvent aussi haut que le volume des instruments. Je finissais ces séances trempé, éraillé, épuisé et heureux.
Il a fallu ensuite déménager, quitter le groupe et jamais plus, à ce jour, je n’ai repris de ces activités que l’on dit extra (scolaires ou professionnelles).
12:28 Publié dans Journal de la vie qui passe | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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Commentaires
and this blog ? What is it ? This is an extra curricular activity...
Ecrit par : dom | 23.01.2007
Mais oui, bien sûr. Tu as raison !
Ce blog est ma nouvelle extra curricular activity.
Et puis, il y aussi le jogging. Mais là, c'est trop la honte pour en parler. Moi, l'anti-sportif, le fumeur crachoteux, l'alcoolique de bout de comptoir qui me met à faire des cabrioles en short tous les WE. Et en plus, 3 ans que ça dure. Je vais reprendre la clope, tiens! Marre du politiquement correct: manger sain et faire du sport. Je préférais sex, drug & rock'n roll finalement.
Ecrit par : castor | 25.01.2007
Rock'n roll, on savait. Drug, mouais... mais la fumette à SF joint tournant têtouillé par Babette, Gwen ou Marco, c'était quand même pas vraiment destroy. Quant à sex,.....?, pourquoi on ne me dit jamais rien à moi?
La cheftaine aux grandes chaussettes (qui précise que du beton chez les louveteaux c'est quand même très spécial...vu que le but est de respecter la nature...mais c'était peut-être du scoutisme sex, drug & rock'n roll!)
Ecrit par : MNK | 18.02.2007
ah, c'est donc toi, le petit scout de la photo jaunie, avec la raie au milieu, qui ne doit rien dire à sa mère ?!!
bisous.
Fred.
Ecrit par : fred | 23.02.2007

