19.12.2006

Lorsque j’étais une œuvre d’art – Eric Emmanuel Schmitt

L’auteur pose un regard amusé et critique sur l’univers de l’art contemporain. Le scénario est diablement original. Un jeune homme insipide et terne tente de se suicider. Il en est empêché par un artiste cynique qui lui propose de devenir une œuvre d’art vivante. Derrière l’intrigue, on devine la distance voire le mépris de Shmitt pour les délires factices du contemporain, le marketing de l’art, qu’il oppose au travail laborieux des « vrais » artistes capables de peindre comme ce peintre devenu aveugle et ne se fiant qu’à ses souvenirs et ses ressentis. Pourquoi vouloir opposer les deux ?

On peut citer l’œuvre de Wang Du, la famille (1997), par exemple qui représente l’homme occidental dans sa taille réel, avec ces canons de beauté spécifiques, ses vieilles stars refaites.
medium_la_famille.jpg

Ces représentations par un chinois ne sont-elle pas porteuses de message sur l’apparence et le rôle du corps ?
L’univers de l’art contemporain doit-il être limité à ses excès ? Ses artistes marqueront-ils durablement l’époque ? Quel est l’héritage des plus connus (Dali, Warhol, Klein, …) ? N’est-il pas plus courageux d’être en phase avec son époque ?
Une fois encore le propos est profondément humain, une histoire d’amour vient encore donner plus de chaleur à ce drame sur la marchandisation de l’homme. Jusqu’où peut-on aller dans la provocation et le cynisme ?
La fin du livre est bâclée en happy end moral et politiquement correct. C’est curieux ce paradoxe entre la totale liberté de ton qu’utilise Schmitt dans L’évangile selon Pilate, sa relecture de l’histoire fondatrice au Christianisme qui est un sujet sage et l’esprit étriqué avec lequel il aborde l’art.

P.S : la photo de corps nus va-t-elle faire décoller l’audience de ce blog ?

Extrait :
- Mon jeune ami, chacun de nous a trois existences. Une existence de chose : nous sommes un corps. Une existence d’esprit : nous sommes une conscience. Et une existence de discours : nous sommes ce dont les autres parlent. La première existence, celle du corps, ne nous doit rien, nous ne choisissons ni d’être petit ou bossu, ni de grandir, ni de vieillir, pas plus de naître ou de mourir. La deuxième existence, celle de notre conscience se montre très décevante à son tour : nous ne pouvons prendre conscience que de ce qui est, de ce que nous sommes, autant dire que la conscience n’est qu’un pinceau docile qui colle à la réalité. Seule la troisième existence nous permet d’intervenir dans notre destin, elle nous offre un théâtre, une scène, un public ; nous provoquons, démentons, créons, manipulons la perception des autres ; pour peu que soyons doués, ce qu’ils disent dépend de nous.

Commentaires

Je découvre votre site.

Ecrit par : Chantal V. | 21.12.2006

si tu souhaites lire _la part de l'autre_, je le tiens à ta disposition.

Ecrit par : dom | 26.12.2006

D'autres masques, la meme piece, comme aurait dit un grand poete roumain.

Et le mot qui batit...

Ecrit par : Dana | 12.02.2007

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