10.12.2006

Carnets de Trans 1

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Les transmusicales sont un festival de découvertes musicales qui se tient chaque année depuis 28 ans au début de décembre à Rennes. Peu de têtes d’affiche sont programmées et se succèdent simultanément sur plusieurs scènes des artistes pour la plupart inconnus du grand public.

Chaque édition est l’occasion de se confronter aux nouvelles tendances dans le domaine musical.
On peut citer parmi la multitude de grands moments, la confirmation du mouvement grunge avec une des rares apparitions en France de Nirvana, les débuts de l’électro avec un buzz étouffant autour de la prestation de Daft Punk. Des poids lourd du hip-hop sont régulièrement programmés : Boo Ya Tribe, De la soul, Jungle Brothers, WuTang Clan, Beastie Boys. Il y eut Bjork, Noir désir, Link Wray, Suiide, Kraftwerk, Béruriers noirs, Ben Harper ...
Ce sont souvent des choix audacieux dans tous les genres possibles : rock, rap, folk, jazz, hip-hop, électro, world, … Pas de chapelles ici mais des mélanges surprenants. Le festival accueille des artistes du monde entier : France, Palestine, USA, Israël, Brésil, Suède, Angleterre, …
Découvrir la programmation est souvent un moment d’intense excitation. Tenter de découvrir des extraits des extraits musicaux des groupes programmés, leurs influences, leur line up. Tout cela permet d’éviter de passer à côté de belles rencontres. Car c’est ainsi, il faut faire des choix, souvent cruels. L’alternance des prestations n’est pas toujours parfaite et les groupes jouent à des horaires décalés mais simultanément. Il faut se faire son programme. Pour ce soir, voilà un aperçu du programme :
Orville Brody
Ezra
Klaxons
The Bishops
Albert Hammond Jr
Serena Maneesh
Son of Dave
Cassius
Cold War Kids
The books
The long blondes
On change de hall et c’est un nouvel horizon musical qui s’ouvre. Cela permet la diversité sans l’ennui. On peut changer à loisir.

Le site Internet est de mieux en mieux conçu et constitue le principal support de découverte de la programmation. Il y a aussi le site Internet de la radio Canal B qui présente des extraits sonores et une présentation de chaque hall par soir. Le top départ de ce jeu de piste sonore est donné dans les heures qui ouvrent la traditionnelle conférence de presse des organisateurs. Une grille des groupes est diffusée via Internet. La découvrir laisse souvent perplexe. Si quelques noms peuvent paraître familiers, le reste nécessite d’aller à la pêche aux infos.

Jour J – jeudi 7/12
Les médias sponsors bruissent depuis ce matin. Le Moove passe en boucle Albert Hammond Jr et Razorlight. Je réécoute attentivement mes 3 CD de la prog de cette année. Je ne sais que penser de Cassius. Ces DJ ont un son qui correspond bien à l’époque, c’est dire s’il est déjà daté. Des relents de ce que certains journalistes en mal de sensations nouvelles ont nommé la french touch, une pincée de dance boum boum façon Guetta et quelques incursions plus courageuses du côté jungle. Le précédent album n’ayant pas vendu, on sent que l’enjeu commercial sur « 15 again » est important. Quelques guests prestigieux (dont M), un tube en puissance, un matraquage radio, tout est fait pour que cela fonctionne, se vende. L’épreuve de la scène (4ème prestation du groupe seulement) permettra de vérifier s’il s’agit de poseurs ou si le projet est plus ambitieux.

Dans le choix des concerts, il a fallu être arbitraire. D’abord privilégier les groupes qui jouent sur scène, c'est-à-dire avec quelques musiciens éventuellement un chanteur. L’apparition dans les années 80 puis la généralisation dans la décennie suivante des prestations de DJ à écouter ou à danser ont déboussolé le public traditionnel dont je fis partie. Que regarder ? Dans le fond d’un hangar immense, un type avec un casque sur une seule oreille triture à genoux dans un bac de disque. 8 000 personnes sont tournés vers lui et remuent en rythme. Il n’y a rien à voir et parfois cela tient de la bouillie sonore.
La prestation de Carl Cox restera un moment de supplice. L’emploi de sons très bas à haute dose régule tout l’organisme, oppresse le cœur. Le simple fait de respirer devenait un combat. Tu es dans le rythme ou tu dégages. Ce soir là, bien avant d’arriver sur les lieux du parc expositions de Rennes Saint-Jacques, sur la route, les vitres fermées, j’écoutais la radio et déjà le lourd grondement de la sono m’arrivait. Sur le parking, j’entendais plus nettement le bruit sourd, énorme, terrible. Les tôles des halls d’exposition tremblaient. C’est là que j’allais, à l’épicentre du cataclysme.
Ce soir, ce qui surprend à l’approche du parc expo, c’est le nombre de policiers et de gendarmes postés à chaque rond point. La majorité des véhicules sont contrôlés. Sur le parking du Mac Do à proximité, un vigile fait les cents pas avec un molosse muselé.
Il est vrai que depuis quelques années la violence entourant l’événement s’est accrue. Le point culminant aura été jusqu’à présent l’annulation au dernier moment de la rave organisée en marge des Trans. Des négociations de longue date entre les jeunes et les autorités avaient permis de s’entendre sur les conditions matérielles. Certains étaient venus de loin pour participer à l’événement. Tous les teuffeurs, prévenus au dernier moment de l’annulation, s’étaient retrouver sur place, zonant en ville à la recherche d’un « son ». Inévitablement, le samedi, les tensions avaient fait place à des débordements, des actes de violence gratuite, des affrontements directs avec les forces de l’ordre. Des vitrines avaient été brisées, des voitures abimées, des blessés. Tout cela, hélas, est fortement amplifié par les médias et la majorité des personnes ne retiennent que la juxtaposition des termes « transmusicales » et violence, Trans et heurts. Dommage qu’un événement culturel d’une telle importance ne soit réduit médiatiquement qu’aux agissements de quelques excités. Car il s’agit de beaucoup plus que cela.
Jacques attali dans son récent essai « une brève histoire de l’avenir » reconnaît « le rôle majeur de l’art, en particulier de la musique, dans la diversité du monde ». Les Trans sont un laboratoire où sont élaborés les métissages les plus surprenants (citons pour cette seule après-midi Daniel Waro, chanteur et musicien réunionnais accompagné de Titi Robin, guitariste aux influences gitanes et orientales ou les maîtres du bélé, gardien d’une tradition martiniquaise ancestrale et dont l’âge moyen est de soixante-quinze ans).

A l’arrivée sur la parking, quatre vigiles patrouillent entre les voitures à cheval la matraque d’une main, les rennes de l’autre. Devant l’entrée, on s’active à terminer sa canette de bière devant la poubelle de tri sélectif. La tendance est définitivement à la répression et à la prévention.
Une haie de distributeurs de flyers accueille les festivaliers transis de froid et les abreuvent de publicité (sur papier recyclé ?). Les barrières métalliques sont recouvertes d’affichettes à l’effigie des groupes programmés dont on devine qu’ils bénéficient d’un investissement de la part des majors sur lesquelles ils ont signés. Il y a aussi les affiches des « partenaires » sponsors : banque, radio, magasines, chaine TV, …
Dès à présent le festivalier est réparti en deux groupes bien distincts : les badgés et les autres. Les premiers exhibent fièrement leur rectangle plastifié au cerbère de l’entrée « VIP /PRO » qui danse d’un pied sur l’autre en se tapant les mains pour se réchauffer ; Ici pas d’attente mais un hochement de tête, une connivence de badgés. Je meure de jalousie. Je veux mon badge moi aussi.

Trackbacks

Musique d'automne

Fredo Viola, chanteur soprano professionnel aux Etats-Unis est l'une des découvertes des prochaines Trans-musicales de Rennes.
Ma petite sélection après épluchage de la programmation:
the Willowz
Kate Nash
The View
Imam Baildi
Calvin Harris
...

Trackback par : Cafe Castor | 15.10.2007

Commentaires

Dis...tu m'emmeneras ?

M

Ecrit par : MaTthieu | 14.06.2007

tu as homi de parler de tes pass'badges mémorables comme Glon et compagnie
c'est moche
MNK

Ecrit par : MNK | 15.06.2007

Yep, yep, yep
J'allais conseiller une cure de vitamine C mais j'oubliais que j'aurais atteint l'âge canonique de 40 ans pour les prochaines Trans et que je serais sur ma pente descendante.
Un concert, une soupe et au lit.
Heureusement que les jeunes seront là pour sortir Papy. "Dis, Papy JP, t'entends la musique ... C'est rythmé, hein? Je disais c'est rythmé ... Non, c'est pas grave ... Oui, Papy, on sait ... les Stooges... en 1969, le siècle dernier!
Va falloir penser à rentrer, tout de même. Il est minuit passé ... je disais IL EST MINUIT PASSE.

Ecrit par : castors | 17.06.2007

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