07.12.2006

L’évangile selon Pilate – Eric Emmanuel Schmitt

medium_2253116041_01_AA240_SCLZZZZZZZ_V56865493_.jpg

Mon opinion : j’ai mes périodes. Pour la musique, des moments où je n’écoute que du jazz, de la world ou du rock 60’s. Cela correspond à l’esthétique du moment, l’humeur, la météo. Pour les livres, j’ai ma période E.E Schmitt actuellement. J’avais débuté par le très réussi « Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran », plein de poésie, de réflexion sur l’argent, la religion, la différence. J’avais été touché par cette histoire et un peu déçu par les critiques qui réduisait cela à de la philosophie de comptoir.
J’enchainais avec « Oscar et la Dame Rose », court, poignant et efficace. J’ai ensuite découvert l’évangile selon Pilate. C’est un pari ambitieux auquel s’est attelé l’auteur ! Retranscrire l’histoire de Jésus, de manière totalement décomplexée et libre. C’est sa vision de l‘histoire qu’il a tenté de démystifier à travers une lecture attentive des évangiles.
Le récit débute par la Confession d’un condamné à mort le soir de son arrestation qui est une autobiographie de Jésus. Avait-il conscience de sa messianité dès le début ? Si tel était le cas, pourquoi avoir attendu la trentaine pour prêcher la bonne parole ? Pour brouiller un peu plus les pistes, les personnages ont des noms arméniens. « Pas seulement par soucis d’authenticité. Plutôt pour éviter les clichés, les images toute faites, les idéologies implicites. Et surtout pour rendre possible le travail romanesque » précise l’auteur.

La deuxième partie du livre est une enquête policière menée par Pilate en guise d’inspecteur. Le crime est le vol présumé du cadavre de Jésus. Si Pilate apparaît au départ comme un exemple de rationalisme, un rustre antipathique, au fil de son enquête sous forme d’une relation épistolaire avec son frère, on sent les doutes l’envahir. « Toutes les hypothèses rationnelles ayant été épuisées, Pilate se trouve donc face à un mystère. Qu’est-ce qu’un mystère ? Tout autre chose qu’un problème ou une question.
Une question est une demande d’information qui reçoit une réponse. (…)
Un problème est une question qui peut recevoir plusieurs réponses. Exemple : la vie a-t-elle un sens ? Il y a de multiples réponses à ce problème, aucune n’est une solution, aucune ne clôt le problème (…).
Un mystère est un problème qui fait exploser le cadre rationnel, qui mine la façon même de poser les questions, épuise la rationalité.
Les deux piliers du Christianisme sont deux mystères : l’Incarnation et la Résurrection
».

Dans la troisième partie du livre « journal d’un roman volé », Schmitt explique comment 7 ans de travail à la rédaction de son livre ont été réduits à néant avec le vol de l’ordinateur qui contenait tout son travail, comment il a rédigé à nouveau chaque partie de l’évangile selon Pilate avant de retrouver finalement des disquettes de sauvegarde dans le tiroir de son secrétaire. Il les a finalement brûlés.

La relecture de cette histoire par Schmitt fait se poser beaucoup de questions. « Douter et croire sont la même chose, Pilate. Seule l’indifférence est athée ». Après avoir refermé la dernière page du livre, je ne savais pas trop quoi en penser. La totale liberté de ton de l’auteur pour décrire la vie de Jésus est séduisante. Le parti pris est d’humaniser plus que déifier « dans mon livre, je le voudrais d’abord homme puis peut être Dieu »), de dépoussiérer le mythe pour tenter une approche neutre (« après vingt siècles de bruits, d’écriture, de palimpsestes et de murmures, on n’entend plus rien, on ne voit plus rien ! ») , une approche non guidée par la foi mais le souhait de retrouver les éléments « historiques » via les témoignages de ses contemporains.

Et puis, il y a quelques pages, rares, où E.E Schmitt s’interroge sur le mystère de l’écriture. « Au fond de moi il y a autre chose que moi. M’y attendent des sentiments, des pensées, des états qui n’appartiennent pas à l’ordinaire de ma personnalité. D’où nait cette surprise que l’on appelle l’inspiration ? Des expériences accumulées, d’un cœur plus large que l’esprit, d’un inconscient plus riche que la conscience ? Des autres, vivants ou morts, qui s’emparent de mon imagination pour s’exprimer ? Est-ce une mémoire génétique, celle de l’humanité, devenue enfin accessible ? (…) Je crois que toutes les hypothèses sont probables ». Selon la définition évoquée plus haut, il semble que cela restera un mystère.

commander ce livre

Ecrire un commentaire