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21.11.2006

Conversation de comptoir

En ces temps de pensées saines et sécuritaires, réhabilitons l'ivresse, la belle, la grande, la cuite épique, rare, d'où naissent les grands textes, les plus beaux jurons, le serment magique des copains de boisson, la dérive de nuits enchanteresses où l'imaginaire prend enfin forme.
Laissons sur le côté les tempéraments raisonnables, les amateurs d'eau pétillante et de sodas allégés. Pour eux, l'ivresse est dangereuse. Quant aux autres, levons le coude, louons Dionysos et buvons ensemble le verre de trop.
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Dialogues du film « un singe en hiver » écrit par Antoine Blondin et corrigé par Michel Audiard :

- Un ivrogne?
- Ah ben oui ! Un peu ! Même le père Bardasse qui boit quatorze pastis par jour n'en revenait pas !
- Ah parce que tu mélanges tout ça, toi ! Mon espagnol, comme tu dis, et le père Bardasse. Les Grands Ducs et les bois-sans-soif.
- Les grands ducs?!
- Oui monsieur, les princes de la cuite, les seigneurs, ceux avec qui tu buvais le coup dans le temps et qu'on toujours fait verre à part. Dis-toi bien que tes clients et toi, ils vous laissent à vos putasseries, les seigneurs. Ils sont à cent mille verres de vous. Eux, ils tutoient les anges !
- Excuse-moi mais nous autres, on est encore capable de tenir le litre sans se prendre pour Dieu le Père.
- Mais c'est bien ce que je vous reproche. Vous avez le vin petit et la cuite mesquine. Dans le fond vous méritez pas de boire. Tu t'demandes pourquoi y picole l'espagnol ? C'est pour essayer d'oublier des pignoufs comme vous.

J.Gabin/P.Frankeur

Tout est dit « le vin petit et la cuite mesquine ». Magnifique, non ?
Réservons la consommation d’alcool à la flamboyance et à l’excès ! Et trinquons pour les siècles et les siècles. hic... pardon.

Beaucoup de personnes me trouveront sans doute bien indulgent."vous innocentez l'ivrognerie, vous idéalisez la crapule." J'avoue que devant les bienfaits je n'ai pas le courage de compter les griefs. D'ailleurs, j'ai dit que le vin était assimilable à l'homme, et j'ai accordé que leurs crimes étaient égal à leurs vertus. Puis-je mieux faire?
(...) N'est-il pas raisonnable de penser que des gens qui ne boivent jamais de vin, naïfs ou systématiques, sont des imbéciles ou des hypocrites; (...) un homme qui ne boit que de l'eau a un secret à cacher à ses semblables
".
Charles Baudelaire - 1860
Cité dans l'"éloge de l'ivresse - d'Anacréon à Guy Debord" - Anthologie présentée par S. Lapaque et J.Leroy (Librio).

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