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12.04.2006
Premier Chapitre "En Rade"
Oubliez tous vos préjugés, tentez d’échapper pour quelques pages au réalisme implacable de votre vie diurne. La nuit, les rapports sociaux de nos congénères ne répondent pas aux règles officielles et couramment admises. Ouvrez une bière, baissez l’intensité de votre éclairage, cherchez un bon vieux disque, un de ceux que vous mettez en haut de la pile et laissez-vous embarquer.
''Je m’appelle Olivier Jammes. Mes origines britanniques remontent à plusieurs générations et malgré ce nom aux consonances peu habituelles de ce côté ci de la Manche, ma famille est issue de la région brestoise (de Guipavas pour être précis). Aussi, est-ce vraiment le hasard qui m’a mené sur ces quais comme serveur ? Il y a cinq ans, après des fortunes professionnelles diverses, je prenais un café matinal sur le port.
Organisé, j’avais acheté le journal local et un croissant à la boulangerie qui jouxte Le Départ. Dans le ciel radieux, le ricanement des mouettes semblait se moquer de ma gueule de bois et le baromètre de mon humeur indiquait «ciel sombre, avis de grand vent ». La jovialité affichée de la commerçante me murait un peu plus dans ma morosité et à son sourire, je lui rendais un silence hautain.
''Depuis quelques semaines, je dérivais ayant perdu toute attache professionnelle. Sans ces obligations, j’avais perdu les repères quotidiens que procurent les heures fixes. Mes nuits devenaient progressivement plus longues que mes jours et j’étais fermement disposé à inverser la tendance. Installé sur une table dans la véranda baignée de soleil et d’une odeur mélangée de café et d’anis, j’entrepris de détailler les offres d’emploi. Aux grands encarts racoleurs, je préférais le fouillis de la rubrique «emploi divers ».
« Tu cherches du boulot ? J’ai peut être quelque chose pour toi ». Interrompant ma lecture, je levais les yeux pour découvrir mon interlocuteur.'' Le type, le patron du bar sans doute, était certainement un baroudeur. La stature était imposante, les tatouages et les muscles des avant-bras forçaient le respect. La quarantaine encore fraîche, son visage respirait la bonhomie et ses yeux rieurs me scrutaient avec attention. - De quoi s’agit-il ?
Nous ne nous étions pas encore présenté et j’aimais cette façon franche et directe de m’aborder. Je m’efforçais de répondre sur le même registre en laissant au fond du cartable les convenances d’une éducation scolaire à consonance religieuse et bien pensante. - J’ai besoin de quelqu'un en soirée pour servir et débarrasser. Disons de 19h00 à 01h00 du matin. Si ça t’intéresse, passe me voir ce soir.
Sans attendre de réponse, il retourna derrière le zinc et continua son service me laissant perplexe. Je me réfugiais à la page horoscope du journal du jour «travail : ne délaissez aucun détail – santé : ménagez-vous. » A priori, pas grand chose à tirer de ce côté là. Je décidais de profiter du délai accordé par celui que je surnommais mentalement déjà le patron pour me décider. En sortant du bar, je croisais une dizaine de marins en tenue, à la peau mate, que j’assimilais à des grecques et décidais de marcher le long du quai pour vérifier leur nationalité inscrite à l’arrière de leur bateau. Cette promenade improvisée me ferait le plus grand bien. Le soleil se reflétait sur l’eau huileuse et quelques habitués isolés taquinaient le poisson en trempant leur ligne parmi les détritus. Plus loin, mouillaient côte à côte deux bateaux de pêche originaires de Morlaix : le Laëtitia Antony et le Notre Dame de Kérizenin. A l’arrière, des bouées de couleur rose radis délavé par la mer et le soleil avaient été attachées comme des gros ballons de baudruche. Une forêt de casiers encore mouillés s’étalait sur le pont. La plupart avaient perdu leur couleur bleu ciel d’origine pour devenir marrons. Il me fallut plus d’une demi-heure pour découvrir la carcasse rouillée d’un bâtiment arborant, comme je l’avais imaginé, le pavillon grec. Quelques officiels se pressaient de régulariser cette présence.
La proposition du «patron » me taraudait l’esprit alors que je retrouvais l’enfilade des bars et des commerces jouxtant Le départ. Je dépassais le « libre-service alimentaire, dépôt de pain et vente de gravettes », le shipchandler et ses gadgets japono-breton authentiques et remarquais entre ces échoppes aux couleurs vives, les entrées plus discrètes de bureaux d’architectes ou de sociétés d’ingénieries. Plus loin, je jetais un œil à travers la devanture d’un restaurant cossu de poisson et fruits de mer dont les impeccables nappes blanches ornaient les tables rondes. Dans le fond de l’établissement, des filets de pêche, sans doute récupérés non loin d’ici, pendaient du plafond et rappelaient le thème maritime du contenu des assiettes. Le nom des débits de boissons permettaient également aux touristes fraîchement débarqués de s’imprégner de la vocation de ces établissements : les Embruns, l’Escale, les Mouettes, l’Abri des flots, les Passagers du Vent.
La suite? .... A suivre !
21:15 Publié dans Roman "En rade" extraits | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Littérature
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Commentaires
salut JPJ,
Suis contente que tu aies mis des extraits de ton 1er roman -que j'ai eu le privilège de voir posé dans un coin de la belle chambre d'amis de Porspo, un matin blème, il y a qq années, liasse de papier A4, négligé, quasi abandonné...-
Il méritait d'être lu! C'est un morceau de toi.
Bizzzzzzzzz de Toulouse. Et merci pour votre accueil vend.
MNK
Ecrit par : MNK | 04.12.2006

