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18.03.2006

Du jazz et de la naphtaline

Vendredi soir, le concert de jazz va bientôt commencer. Le public entre dans la salle par petits groupes. La quarantaine bien portante, les dames sont pomponnées. On se salue, on sourit poliment. Un vague geste vers une connaissance du fond de la salle, ici tout le monde se connaît. Le programme à la main, chacun s’assoit dans les confortables fauteuils en velours bordeaux assortis aux lourdes tentures qui commencent à s’ouvrir. Le bruissement des commentaires accompagne la baisse d’intensité de la lumière. Roulement de batterie, raclement de gorge, le concert va commencer. Il sera excellent de bout en bout. Une chanteuse à la voix magique interprète des standards de Cole Porter et Gershwin. Un concert parfait : de belles lumières, un son clair, la proximité du public. En sortant, j’avais pourtant un goût amer dans la bouche, quelque chose que je n’arrive pas à identifier. Qu’est-ce qui avait manqué ?


Le lendemain, j’imaginais les origines de cette musique. Les fins de journée, harassés où les esclaves se retrouvaient dans un champ, au bord d’une rivière, pour chanter. C’était une des rares libertés dont ils disposaient. Ils s’accompagnaient du martèlement de leurs pieds et du claquement de leurs mains. Les générations se succédant le souvenir de la musique africaine s’estompait. D’autant que l’influence de missionnaires blancs leur apporta la connaissance de cantiques venus d’Europe. Certains maîtres de la Nouvelle Orléans avaient même accepté de laisser à ces « noirs » l’usage de leur piano. Et puis les premiers disques de blues, l’abolition de l’esclavage, le swing, la remontée du Mississipi vers Chicago, Harlem, Bessie Smith, le krach de 1929, Count Basie, Louis Armstrong bien sûr, Ella Fitzgerald, Coleman Hawkins et Ben Webster, le be-bop.

J’imaginais la vie des musiciens de jazz dans les années 30 ou 40, la défonce, les drogues dures, le mauvais alcool frelaté « bad boose », les clubs enfumés, des vies dissolues bien avant la pause des rock stars dans les années 70. Puis, l’arrivée de la guerre en Europe, Stéphane Grappely et Django Reinhardt, l’après-guerre à Saint-Germain, la révolution free jazz, le jazz rock de Weather Report, Jaco Pastorius, Miles Davis.
Le jazz a grandi dans des clubs mal famés avec les rires gras des hommes et leurs regards collés au décolleté de la chanteuse ou au bas de son dos lorsqu’elle se déhanche lascivement avant de se lancer dans un scat fiévreux. Elle hausse la voix pour couvrir le bruit des verres qui s’entrechoquent et des conversations animées dans le fond de la salle.
Voilà, c’est peut être tout ça qui manquait. La vie autour.

Ce qui est essentiel dans l’art, ce n’est pas le sujet mais la manière dont il est traité. Un paysage provençal peint par Cézanne ressemble plus à une nature morte qu’au même paysage peint par Van Gogh.

Le jazz est et doit rester une musique vivante et populaire dans le vrai sens du terme. C’est un art spontané de fin de journée dans un champs au bord de la rivière.

La musique accompagne la vie et non le contraire. Je préfère les langues vivantes aux langues mortes, les musiques vivantes d’avantage que celles qui sentent la naphtaline. Ce vendredi soir, cela sentait la naphtaline. Les applaudissements étaient polis, compassés et sans enthousiasme.

La culture doit permettre d’échanger lorsque l’on se retrouve assis à une table lors d’un dîner en compagnie de parfaits inconnus. Des sujets communs pour comparer des opinions, faire connaissance, dialoguer. La vraie culture aujourd’hui, c’est une émission de télévision trash que tout le monde regarde. L’importance culturelle pourrait-elle être mesurée au niveau de couverture médiatique ?

Si mon propos est volontairement provocateur, il n’en demeure pas moins que je reste persuadé qu’il faut veiller à ce que la culture reste vivante, qu’il faut multiplier les lieux de rencontres et d’échanges spontanés et naturels comme les cafés ou les blogs.

All that jazz !

Trackbacks

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Commentaires

...c’est vrai, dans un concert de luxe, il manque souvent quelque chose…comme vous avez bien dit « …ce qui manque, c’est la vie autour »…

...d'ailleurs, le jazz est différent que la musique classique ; son origine et sa manière de traiter ne sont pas la même que ceux de musique classique…à mon sens, si c’était le concert de la musique classique, il aurait été peut-être parfait !!!...

...Et puis, la culture n’est pas quelque chose toute faite, toute prête que l’on peut saisir par la télévision !!!...c’est plus que ça !!!

...Je pense aussi, les cafés sont un lieu sympa pour un échange des opinions, il y en a pas mal dans la ville où j’habite ; des cafés de genre « café philo », « café littérature », etc…et pour les blogs, c’est une bonne idée…

(Pardonez-moi pour des fautes de syntaxe en français...je suis étrangère...)

Ecrit par : Expresso... | 19.03.2006

Il est vraiment délicieux ce p'tit endroit, comme le café...!

KERFON LE CELTE

http://blogs.aol.fr/kerfon/kerfonhommeaffable/

Ecrit par : Kerfon | 24.03.2006

...Exusez-moi, je passe par ici pour dire que j'aime beaucoup les poèmes de KERFON LE CELTE...mais je ne peux pas laisser un commentaire dans votre blog, je n'ai pas un compte AOL...notamment, le poème "Ce matin"...j'ai remarqué aussi, ce matin, des petites fleurs poussent de la terre, les petites marguerites et d'autres fleurs jaunes un peu plus grandes (je ne sais pas le nom)...C'est le printemps qui nous arrive...Mais, en fait, j'aime toutes les saisons...il y a de divers beauté de chaque saison...

Ecrit par : Expresso... | 24.03.2006

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