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17.03.2006

Pourquoi la vie vaut-elle la peine d’être vécue (suite)?

A la question posée par Woody Allen dans Manhattan, on peut citer Tahar Ben Jelloun - Cette aveuglante absence de lumière (Points – 247 pages)

Extrait(s) :
Dehors, non seulement au-dessus de notre fosse mais surtout loin d’elle, il y avait de la vie. Il ne fallait pas trop y penser, mais j’aimais l’évoquer pour ne pas mourir d’oubli. La vie, la vrai, pas ce chiffon sale qui roule sur le sol, non. La vie dans sa beauté exquise, je veux dans sa simplicité, sa merveilleuse banalité : un enfant qui pleure puis sourit, des yeux qui clignent à cause d’une trop forte lumière, une femme qui essaie une robe, un homme qui dort sur l'herbe. Un cheval court dans la plaine. Un homme portant des ailes multicolores essaie de voler. Un arbre se penche pour donner de l’ombre à une jeune femme assise sur une pierre. Le soleil s’éloigne et l’on voie même un arc-en-ciel. La vie, c’est pouvoir lever le bras, le passer derrière la nuque, s’étirer pour le plaisir, se lever et marcher sans but, regarder les gens passer, s’arrêter, lire un journal ou simplement rester assis devant sa fenêtre parce qu’on a rien à faire et qu’il fait bon ne rien faire.

Résumé sur amazon.fr :
Juillet 1971, le narrateur participe au coup d'État fomenté contre le roi Hassan II. Échec cinglant, direction le bagne de Tazmamart et ses conditions d'incarcération inhumaines. Cinquante-huit soldats sont ainsi condamnés à la mort lente. Commencent alors dix-huit années d'humiliations quotidiennes pour les candidats à la survie : faim, obscurité, odeurs nauséabondes, déchéance physique, folie, souffrances indicibles, les détenus malgré tout tentent de s'organiser, profitant notamment de l'enterrement de l'un des leurs pour jouir quelques minutes de la lumière du jour. "Un jour viendra où je serai sans haine, où je serai enfin libre et je dirai tout ce que j'ai enduré. Je l'écrirai ou le ferai écrire par quelqu'un, pas pour me venger, mais pour informer, pour verser une pièce au dossier de notre histoire", dit le narrateur. Trente ans plus tard, son vœu est exaucé : Tahar Ben Jelloun s'empare de ce témoignage pour en tirer un roman et faire la lumière sur les atrocités inavouables du régime marocain.

Mon opinion :
Il ne faut pas être claustrophobe pour entrer dans ce récit. Grâce à cette version romancée de Tahar Ben Jelloun, on entre dans la peau et dans la tête d’un des prisonniers de cet enfer. Comment ne pas céder à l’abandon, ne pas désespérer lorsque l’on est enfermé sous terre, sans pouvoir se tenir debout, sans lumière, sans couche, sans chauffage, sans toilettes ?
Comment ne pas céder à la haine pour ses tortionnaires, pour ceux qui sont responsables de votre enfermement ? Le narrateur décide de tirer un trait sur son passé et décrète qu’une nouvelle vie a commencé à partir du premier jour de son enfermement. Il se réfugie dans la religion et dans l’observation attentive de son entourage. Cela lui permet de connaître la météo par les modulations du chant d’un oiseau, de savoir qu’un prisonnier vient de mourir par le hululement d’une chouette.

Qu’en serait-il si je devais être enfermé pendant 18 années dans ces conditions ?
Ai-je accumulé assez de bons souvenirs, de belles images, de savoureux dialogues, d’émotions intenses pour les repasser en boucle pendant tout ce temps ?
Résisterai-je à l’abandon, au froid, à l’humiliation ?

Trackbacks

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Commentaires

J'ai beaucoup aimé ce livre, même si cette vision de l'enfermement et des techniques pour y survivre suscite parfois un certain malaise, aurions-nous assez de ressource pour survivre à tout cela...surtout que leur situation se dégrade de plus en plus, de quoi tuer tous les courages...
Tahar Ben Jelloun est décidément un auteur que j'adore, mon préféré demeure sans doute "L'auberge des pauvres", il m'a vraiment touché au coeur.

Ecrit par : Celtica | 23.03.2006

Quel est le sujet de "l'auberge des pauvres"?

Ecrit par : castor | 23.03.2006

Un écrivain marocain à la vie étriquée part pour Naples pour essayer de retrouver un peu d'inspiration. Il y découvre un incroyable bâtiment, l'auberge des pauvres, construite par un roi pour abriter les déshérités du royaume. Dans cet endroit hors du temps il va rencontrer des gens, esquintés par la vie, et particulièrement "la vielle" qui est un peu dépositaire des secrets de ce monde interlope. Elle va finir par lui raconter sa propre histoire, incroyable, belle et féroce. Un livre qui parle de passion et de destins. J'ai été séduite dès la première page et j'ai dévoré ce livre, d'ailleurs en parler me donne envie de le relire...

Ecrit par : Celtica | 24.03.2006

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